DE LA TERRE A L'HOMME

“Mon enfant, c’est à toi que je m’adresse.

À toi qui, du matin jusqu’au soir, foule ce tout, qui est moi.

Je t’ai vu naître, j’ai entendu tes premiers cris,

Et ressentis tes tout premier pas.

Mon enfant, de tes premières peines,

Je me souviens.

Tu venais à moi, respirer cet air, et tu me parlais, tu me racontais.

Je ne pouvais pas te consoler,

Juste te réconforter.

J’ai cette force inépuisable que tu cherches tant à épuiser.

Je t’ai vu aussi dans tes premiers amours, tes premiers baisers.

J’ai encore en moi ces gravures,

Tes initiales et celles de tout tes amours.

Elles ont ému le sable, les arbres, les roches

Ce tout qui m’est précieux, ce rien dont tu te soucies peu.

J’ai entendu tes promesses,

Elles sont aussi délicates que cette brise d’air.

J’ai aussi vu grandir tes enfants.

Ils me rappellent toi, lorsque tu en étais un.

Je me souviendrais toujours d’eux, lorsqu’ils ne se souviendront plus de moi.

T’ai-je fait du mal pour que tu m’en veuilles autant ?

Suis-je si vieille pour que tu m’abandonnes dans cet hospice qu’est ta mémoire ?

Je te demande juste de prendre de ton temps, de venir à moi,

Et parler du bon vieux temps.

Te souviens-tu de tes paroles ?

Tu me voyais comme la plus belle, la plus délicate des mères qui t’offre ce charme si naturel.

Tu me photographiais,

De-ci de-là,

Cherchant à immortaliser ce qui semble ne pouvoir être mortel.

Comme un chenapan,

Tu venais me voler ces fleurs,

En espérant y cueillir l’amour.

Comme un enfant,

Tu courais et sautait de partout dans ma vaste demeure, criant dans tous les recoins ce mot que tu as enchaîné de toi-même.

Te souviens-tu de celui-ci ou l’as-tu oublié, comme tu le fais avec moi ?

« Liberté ! »

Il résonne de partout,

Mais de partout, tu l’emprisonnes.

« Mère » était le nom que les tiens me donnaient.

« Maman » est celui que j’ai donné à celle qui te donne

Ce bien le plus précieux, ce lien si merveilleux.

Mon enfant,

Je t’en prie,

Au nom de tous les tiens,

Ne te souviens pas de moi uniquement

Lorsque tu seras en moi,

Mais lorsque ta vie se fera avec moi !”

Ludovic Metzker

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