LE VENT ET LA FLEUR

“Le Vent et la fleur” 

Comme tous les matins, le Vent avait ses habitudes.

Comme tous les matins, le Vent savait quel chemin prendre, celui qu’il pouvait parcourir à l’aveugle. Il connaissait le moindre arbre de la forêt, les gestes gracieux des fleurs d’un champ, le minuscule grain de sable d’un désert, les recoins des pièces de ces maisons qui se tenaient de-ci de-là, les mystères enfouis dans ces grottes.

Durant son trajet, le vent venait prendre des nouvelles de tout un chacun ; dans ces champs, il volait un peu de ces agréables parfums des fleurs ; dans ces forêts, il écoutait les arbres qui avaient tant à raconter ; puis il continua sa route vers les mers afin de rencontrer les marins qui se plaignaient, parfois et regagna la ville pour rendre visite à ces enfants qui se chamaillaient pour un oui pour un non ; il les aimait bien et aurait bien aimé pouvoir jouer avec eux ; ensuite, il reprit sa course et alla vers les maisons pour y contempler les femmes qui, sans rechigner, étendaient les linges, mettaient de l’ordre dans ces pièces en désordre ; il aimait frôler leurs joues, sentir leurs cheveux et se dire que tout semblait parfait. Le Vent savait que rien ne l’était vraiment et ainsi, il continua sa route.

Comme tous les matins, il en était ainsi. De ses habitudes naissait parfois une lassitude jusqu’au jour où il entendit une fleur pleurer. Elle se tenait loin des autres et semblait si désespérée que ses couleurs coulaient avec ses larmes.

— Pourquoi es-tu si triste ? demanda le vent.

— Je suis triste de me sentir seule. Mes amies ne me remarquent pas alors que je suis aussi belle qu’elles. Mes sœurs ne se rendent pas compte de ma présence alors qu’à chacun de tes passages, tu transmets mes odeurs. Le soleil ne me voit pas, car je suis cachée par le feuillage des arbres et enfin, je suis triste parce que même toi, il t’a fallu entendre mes pleurs pour venir à moi ! Aussi, je me sens inutile à la vie.

Le vent tourna autour de la fleur et s’arrêta un instant avant de dire, par ces quelques mots :

— La solitude est un sentiment que je connais fort bien… En ce jour, voici ce que je vais faire pour toi ! Tu ne peux te mouvoir, juste espérer que l’on te remarque et je suis tristement navré de ne pas être venu à toi plus tôt cependant, il n’est jamais trop tard…

Et le vent s’en alla, sans dire au revoir, sans dire adieu, juste qu’il n’est jamais trop tard. Le soir venu, fit le chemin inverse, mais cette fois-ci, il retourna voir fleur :

— Ainsi, le vent tient ses promesses ! Tu es le Vent et tu aurais pu ne jamais revenir ! dit-elle.

— J’aurais pu, dit le vent, mais bien que je ne sois qu’un souffle, je reviens de l’endroit d’où je suis parti ! Veux-tu savoir pourquoi je suis revenu à toi ?

— Tu vas me raconter toutes les merveilles que tu as vues, toutes les félicités qu’offre la vie, comment est le bruit des vagues qui viennent s’écraser contre les bateaux et aussi comment les enfants peuvent crier, pleurer, jouer, le tout à la fois ! Les fleurs me racontent tout cela en me narguant leurs sublimes aventures tandis que moi, je suis ici, éloigné de tout, ignoré de toutes et de tous ! Inutile, te dis-je !

Fleur n’osa se redresser et se tourna pour éviter d’être vue par le vent. Elle avait honte de se sentir ainsi :

— Dans ce cas, je suis tout aussi inutile que toi ! Les hommes peuvent t’offrir, les femmes peuvent t’aimer, les enfants peuvent te sentir et te toucher… Moi, nul ne peut vraiment me caresser et bien souvent, je suis maudit, mal aimé, toutefois, aujourd’hui, les gens m’ont aimé, et cela grâce à toi !

— Que dis-tu ! Tu es le vent, tu es la puissance incarnée, les arbres peuvent te craindre et les plus grands bateaux savent combien tu pourrais, de ta simple colère, lever les mers et les gens savent aussi te redouter… Tu es respecté et de cela, tu as la chance incroyable d’être remarqué ! répondit Fleur.

Le vent s’éloigna quelques instants et de tout son souffle, il fit sortir les sons mélodieux des enfants, les plaintes des hommes, le désir des femmes, les peines de la mer, le chant des mouettes, les pleurs des nuages, il fit tout cela et revint à Fleur :

— Je me suis senti aimé, car j’ai pris toutes tes odeurs, je t’ai volé quelques pétales et j’ai voyagé ; j’ai écouté les hommes de la mer dire les mots les plus doux pour leurs enfants ; j’ai entendu les hommes du désert vanter l’amour pour leur femme et enfin, j’ai rapporté tout cela ; j’ai dit bonne nuit aux femmes et aux enfants, j’ai offert tes odeurs et j’ai fait tomber tes pétales sur les joues des enfants et alors, ils m’ont souri et m’ont dit merci ! Ce soir, des gens dormiront avec le visage radieux, ils oublieront les caprices orageux, le temps des adieux et rêveront assurément aux retrouvailles… De par ta senteur, ils ressentiront ces instants : as-tu entendu la solitude des uns et la peine des autres ? Ce soir, de ce que tu pensais n’être que de l’indifférence de ma part naît la différence !

Fleur se redressa et regarda le vent qui se tenait fièrement au-dessus d’elle et retrouva en elle l’envie de sourire. Pour la première fois, elle n’était plus une chose oubliée de tous et comprit qu’elle aussi avait une importance, celle d’apporter un peu de bonheur dans le cœur de tous.”

Ludovic Metzker

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